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  • Camille Voiry Gey

Quitter un job confortable (dans la banque)... Une folie?


Quasiment dix ans de bons et loyaux services... Soit environ un tiers de mon existence... Alors, c'est certain, avant de claquer la porte, je me suis posé pas mal de questions, et surtout j'étais terrifiée. Partir, oui mais pour faire quoi? Partir, oui, mais comment? Lorsque l'on a passé sa vingtaine dans la même structure professionnelle, qui a façonné et conditionné son esprit selon le moule capitaliste établi, il n'est pas simple de se remettre en question, et de sortir de sa fameuse "zone de confort". Car, c'est non seulement sa façon de travailler que l'on remettra en question, mais de façon plus globale son milieu social, sa manière de vivre son temps libre, de faire l'expérience de sa vie finalement. Pendant longtemps, j'ai expérimenté cette sensation de cocotte minute intérieure, qui nous souffle avec puissance que l'on doit faire quelque chose. On bouillonne, on sait. Et pourtant, on se sent pétrifiée, parce que tout nous pousse à croire que partir est une folie. Tout le monde autour de nous (la société, comme les gens les plus proches) s'échine à nous répéter que l'on a la sécurité l'emploi, que l'on a un bon salaire, que l'on appartient à une catégorie socio-professionnelle confortable, qu'il n'y a pas de travail en France... Le brouhaha ambiant.


Dans cet article, je n'ai pas la prétention de te donner la réponse universelle à la question formulée en titre. Et je ne jugerai pas ceux ou celles qui choisissent de faire un choix différent. Nous agissons chacun et chacune en fonction d'une échelle de valeurs et de priorités, mais aussi de moyens matériels et émotionnels, qui nous sont propres. Mon but est avant tout ici de témoigner, et de te donner ma vision, expérience du terrain à l'appui. Alors, une folie?


Je te répondrai d'abord que oui, c'est une folie, si tu vas trop vite, trop fort, trop spontanément, sans te donner le temps de t'aligner avec ton coeur, pour savoir qui tu es et quelles sont tes priorités. J'ai personnellement passé les deux dernières années de cette tranche de vie à murir cette décision, à peser le pour et le contre, et à sonder mes motivations avant de me lancer. J'ai d'ailleurs fait un bilan de compétences, qui je te l'accorde ne m'a pas apporté grand chose sur la direction professionnelle pure, mais m'a permis d'y voir plus clair sur moi, mes attentes, et mes objectifs. J'ai accepté que ma santé était un priorité, et que je voulais faire quelque chose qui avait du sens. Mais surtout, que je ne devais plus me trouver chaque jour dans la situation de devoir gérer la dissonance entre les injonctions de ma hiérarchie et ma morale. J'ai pris la décision de placer cette priorité en tête de liste.

J'ai simultanément réalisé que ce job apporté avec lui tout un "package", qui en réalité n'était pas du tout en phase avec mes véritables valeurs: déballage de signes extérieurs de richesses, loisirs superficiels, vacances standardisées... Des choses qui me demandaient de gros moyens matériels et financiers, alors que finalement, je ne prenais pas de plaisir à m'y investir. Je me suis autorisée à m'avouer, et à exprimer clairement le fait que j'aspirais à une vie simple, et aux valeurs humanistes. Et l'évidence est apparue que, matériellement j'étais donc en capacité de faire des choix, qui certes me demanderaient de faire certaines concessions, mais finalement sporadiques. Car en choisissant de vivre selon mes valeurs profondes, et en quittant cet emploi, j'allais aussi pouvoir m'affranchir des codes étriqués qui allaient avec.


Je te répondrai ensuite que oui, c'est une folie, si tu ne sécurises pas le chemin, et que tu ne dessines pas les étapes à suivre, une par une. J'ai d'abord refait mon CV, puis j'ai commencé à parler autour de moi du fait que j'avais envie de changer de métier. Je cherchais un poste administratif, en me disant que cela ne serait qu'une phase, qui me permettrait de retrouver confiance en moi, sérénité, et équilibre. Une phase de transition nécessaire pour continuer à cheminer au niveau de mon travail intérieur, et à recueillir de nouvelles réponses. Et rapidement, j'ai finalement entendu parlé d'une place d'assistante dans le domaine juridique. J'étais sans compétences, mais avec un soupçon d'insouciance et de courage, j'ai tenté ma "chance". Et j'ai été retenue! J'ai ainsi pu quitter cette grande entreprise qui faisait mon tourment, et j'ai basculé vers un autre univers, consciente de dégringoler dans l'échelle sociale, mais tellement soulagée! J'ai fait mes preuves, petit à petit, et j'ai appris, beaucoup. Sur moi, sur l'humain, sur le travail. Aujourd'hui, je suis convaincue de l'utilité d'avoir pu vivre ces deux années, dans un univers qui certes n'était pas encore le mien, mais qui m'a permis de retrouver l'audace que j'avais perdu, le feu intérieur qui s'était éteint. J'ai su que je pouvais, j'ai su ce que je voulais. Enfin, je l'ai verbalisé, animée par un besoin de liberté conscientisé: être mon propre patron!


Je te répondrai en outre que oui, c'est une folie, si tu n'es pas prête à faire face au courage, à la résilience, à la persévérance, et parfois (souvent) à la peur. Tu vas devoir être plus forte que tu ne le pensais, plus téméraire. Dans mon cas, j'ai du accepter de casser définitivement ma seule vision du travail (qui se positionnait sous la loupe du salariat), pour adopter un nouvel état d'esprit et me convaincre que j'en étais capable. J'ai du annoncer à mon employeur que je souhaitais négocier une rupture conventionnelle, alors que c'était loin d'être gagné. J'ai fait le choix d'un premier projet entrepreneurial, impliquant une association, qui s'est avérée catastrophique. Pour finalement repartir de zéro, et construire un nouveau projet, le mien. Bref, tu l'auras compris, je ne rentre pas dans les détails les plus infimes, mais les émotions ont été fortes, et chaque jour (ou presque), j'ai douté. Et aujourd'hui encore, certains jours, je vacille. Mais au fond de moi, je le sais: c'est pour moi le prix de la liberté...

Alors, finalement, je te dirai que oui, c'est une folie, évidement c'est une folie! Mais est-ce que tu es venue ici, dans cette vie, incarnée dans ce corps physique, pour vivre une vie raisonnable? As-tu envie chaque jour de te glisser dans un costume qui n'est pas le tien? Ou souhaites-tu vivre une vie connectée et alignée avec ce qui palpite au plus profond de tes tripes? Il y a un moment clef dans la vie de tout un chacun, je crois. Ce moment, c'est celui de la prise de conscience de la trace que l'on veut laisser en ce monde, de ce à quoi l'on souhaite apporter notre contribution. Si l'emploi que tu occupes aujourd'hui n'a pas de sens pour toi, que tu as l'impression de n'apporter aucune valeur à la collectivité, et que tu te sens vide, c'est qu'il est grand temps d'amorcer cette folie, d'une façon ou d'une autre. Sois prudente, sois tempérée, sois mesurée. Recueille en toi les informations et les aspirations qui font sens, et élabore ensuite la stratégie qui te permettra de dompter cette extravagance vitale. Car tôt ou tard, même si tu trouves des parades ou des anesthésiants, le problème trouvera une façon toujours plus ingénieuse de refaire surface, et il refusera de te laisser en paix. J'ai conscience d'avoir fait des sacrifices ces cinq dernières années, d'avoir essuyé des échecs aussi. Et le chemin à venir sera, c'est certain, semé d'embuches. Mais si c'était à refaire, je ne changerais rien. Car cette folie, elle m'a permis de commencer enfin ma vie!




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